La collection du Musée d'art et d'histoire Fribourg

29 Octobre 2018 -16h30

Le Musée d’art et d’histoire Fribourg collectionne principalement des œuvres d’art et des objets historiques en provenance du canton de ce nom, ou en rapport avec lui. Cette collection foncièrement autochtone renferme cependant quelques ensembles de valeur internationale : des boucles de ceinture du haut Moyen Age, le sépulcre pascal du couvent de la Maigrauge, les panneaux de retables peints de Hans Fries, la statuaire du gothique tardif, les tableaux et sculptures de Marcello et de ses amis (XIXe siècle), ou encore les œuvres des plasticiens Jean Tinguely et Niki de Saint Phalle.

Marcello (Adèle d'Affry, duchesse Castiglione Colonna)

Exposition permanente
Marcello (Adèle d'Affry, duchesse Castiglione Colonna)
au Musée d'art et d'histoire Fribourg

Adèle d’Affry naît à Fribourg en 1836. Après une enfance passée dans le château familial à Givisiez et dans le Midi de la France, elle commence une carrière d’artiste en prenant des leçons chez le sculpteur suisse Heinrich Max lmhof, à Rome. A 19 ans, elle épouse, à Rome, Carlo Colonna, duc de Castiglione. Cette union sera de courte durée : quelques mois seulement après le mariage, Carlo Colonna décède à Paris.
Une seconde vie débute alors pour Adèle d’Affry, duchesse Colonna. A Paris, elle prend le pseudonyme masculin de Marcello (un compositeur du baroque italien) et développe sa carrière d’artiste en pratiquant la sculpture, la peinture et le dessin. Elle s’inspire des grands maîtres, notamment de Michel-Ange dont la force et l’expression plastique des figures l’ont marquée depuis son séjour romain. Travaillant le plâtre, la terre glaise ou la cire, elle fait fondre ou transposer ses œuvres en bronze ou en marbre ; il existe souvent plusieurs éditions d’une même sculpture. Marcello constitue également une intéressante collection privée réunissant en premier lieu des œuvres d’artistes qu’elle connaît personnellement. Car elle côtoie à Paris les artistes de renom de son époque, dont certains, comme le sculpteur Jean-Baptiste Carpeaux ou le peintre Henri Regnault, deviennent ses amis. Proche de la cour de Napoléon III et de l’impératrice Eugénie, elle ponctue sa vie d’artiste de rencontres mondaines. Son atelier devient un rendez-vous élégant de la société parisienne.
Dès 1863, elle expose régulièrement au Salon, principalement en tant que sculptrice. De cette époque datent une grande partie des sculptures exposées dans la Galerie Marcello du Musée d’art et d’histoire. De 1869 à 1870, elle s’installe à Rome et travaille infatigablement à l’un de ses  chefs-d’œuvre, « La Pythie », qui orne, aujourd’hui encore, l’Opéra Garnier de Paris. Elle fréquente la Villa Médicis et y rencontre Hébert, Gounod, Fortuny et Liszt.
Atteinte de tuberculose, elle est forcée, dès 1876, de s’installer dans le sud de l’Europe. Marcello choisit Naples comme lieu de résidence et s’y consacre principalement à la peinture, au dessin et à l’aquarelle. Elle entame également la rédaction de ses mémoires interrompue le 14 juillet 1879 par son décès prématuré à Castellamare. Selon son désir, Marcello est enterrée à Givisiez. Par testament, elle lègue une partie de ses œuvres à l’Etat de Fribourg.

Edouard Blanchard, La duchesse Castiglione Colonna, 1877

Edouard Blanchard, La duchesse Castiglione Colonna, 1877 – Huile sur toile. A Rome, Marcello avait fait la connaissance d’Edouard Blanchard qui fréquentait le cercle d’amis dont elle s’entourait. Plus tard, il la portraitura debout, dans son atelier, incarnant aussi bien l’élégante aristocrate que l’artiste passionnée. En échange de ce portrait, le peintre choisit le buste en bronze de la Gorgone de Marcello que l’on aperçoit à l’arrièreplan.

Marcello, La Pythie, vers 1880

Marcello, La Pythie, vers 1880 – Bronze. Ce bronze est une réplique réduite de l’œuvre achetée en 1870 par Charles Garnier pour l’Opéra de Paris. Prêtresse d’Apollon à Delphes, la Pythie transmet le message du dieu assise sur un trépied au dessus de vapeurs émanant de la terre. Marcello souhaitait représenter une « Pythie indienne » et lui donna l’aspect d’une gitane plutôt que celui d’une figure de la Grèce classique.

Marcello, La Marguerite de Goethe, 1866

Marcello, La Marguerite de Goethe, 1866 – Marbre. C’est en écoutant « Faust », opéra de Charles Gounod basé sur le drame de Goethe, que Marcello, mélomane avisée, conçut le buste de Marguerite. La bien-aimée de Faust est représentée sous les traits de Caroline Miolan Carvalho, une chanteuse au Théâtre Lyrique de Paris qui était devenue célèbre en créant le rôle de l’héroïne malheureuse.

Marcello, Portrait du Général Milan del Bosc, 1868

Marcello, Portrait du Général Milan del Bosc, 1868 – Plâtre. Pendant leur voyage en Espagne, Marcello et les peintres Henri Regnault et Georges Clairin portraiturèrent les généraux Milan del Bosc et Joan Prim, deux leaders de la révolution libérale de Septembre 1868. Le buste de Marcello souligne le tempérament du modèle par sa réalisation audacieuse. Il est intéressant de le comparer au portrait peint par Regnault (MAHF 2006-180).

Marcello, Portrait de Berthe Morisot, 1875

Marcello, Portrait de Berthe Morisot, 1875 – Huile sur toile. Berthe Morisot rencontra en 1868 Edouard Manet dont elle fut l’un des modèles pour « Le balcon ». Marcello fit la connaissance de la « belle ténébreuse » en 1872. En contrepartie des séances nécessaires à son portrait, Berthe Morisot demanda à Marcello de poser pour Manet; Marcello refusa afin d’éviter le scandale habituellement provoqué par les œuvres du peintre.

Marcello, La Gorgone Méduse, 1865

Marcello, La Gorgone Méduse, 1865 – Marbre. Méduse, l’une des trois Gorgones, appartient à la mythologie grecque. Des serpents se tortillent dans sa chevelure, et son regard pétrifie celui qui la rencontre. Le mythe raconte qu’elle fut tuée par Persée ; sa tête terrifiante orna ensuite le bouclier de la déesse Athéna. Pour cette œuvre, Marcello fut inspirée par l’air de la Gorgone du compositeur Lully.

Marcello, Phoebé, 1875

Marcello, Phoebé, 1875 – Marbre. Phoebé, « la brillante », fille d’Ouranos et de Géa, appartient en tant que déesse de la lune à la mythologie grecque. Marcello la représente portant le croissant de lune, un attribut de sa petite-fille Artémis. L’artiste lui prête les traits idéalisés de Mélanie de Pourtalès, dame d’honneur de l’Impératrice Eugénie et beauté célèbre de la haute société parisienne.

Edouard Blanchard, La duchesse Castiglione Colonna, 1877
Marcello, La Pythie, vers 1880
Marcello, La Marguerite de Goethe, 1866
Marcello, Portrait du Général Milan del Bosc, 1868
Marcello, Portrait de Berthe Morisot, 1875
Marcello, La Gorgone Méduse, 1865
Marcello, Phoebé, 1875

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