Présence de nanoparticules dans certains aliments

23 Octobre 2018 -08h52

L’obligation de déclarer la présence de nanoparticules dans les aliments approche à grands pas. En 2021, les distributeurs de produits alimentaires en Suisse devront afficher sur les emballages l’existence de ces particules. Afin d’anticiper ce changement, les chimistes cantonaux, l’Institut Adolphe Merkle (AMI) de l’Université de Fribourg et l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaire (OSAV) ont collaboré pour réaliser une étude pilote portant sur l’analyse de trois variantes de nanoparticules. Ces premiers tests ont révélé la présence de ce type de particule dans 15 aliments sur 56 échantillons de denrées alimentaires vendues, soit 27%.

Nanoparticule
Nanoparticule © Tous droits réservés - CCO Pixabay.com

Dans le cadre d’une campagne romande, un monitorage des nanoparticules d’oxydes de titane (TiO2) et de silicium (SiO2) ainsi que de talc a été effectué dans diverses denrées alimentaires. Les oxydes inorganiques tels que le SiO2 amorphe (E551) et le TiO2 (E171) sont autorisés en Suisse comme additifs alimentaires et colorants anti-agglomérants.

Au total, 56 échantillons de denrées alimentaires pouvant potentiellement contenir les nanoparticules précitées ont été prélevés par les autorités cantonales en charge du contrôle des denrées alimentaires faisant partie de l'« Accord Intercantonal Romand » (Fribourg, Genève, Jura, Neuchâtel, Valais et Vaud) et envoyés à l'AMI. Dans 41 de ces échantillons, les nanomatériaux recherchés étaient absents. Par contre dans 15 échantillons, soit 27% des produits prélevés, au moins un des trois nanomatériaux ciblés était présent avec, par exemple, un certain pourcentage de SiO2 sous la forme de nanoparticules. La répartition selon le type de produit est résumée dans le tableau ci-après.

Le développement de techniques analytiques adaptées à la détection de nanoparticules a pour but de contrôler la conformité des produits alimentaires. Les analyses pour ce projet ont été réalisées par des chercheurs de l’AMI avec des méthodes analytiques de pointe telles que la microscopie électronique et la diffusion dynamique de la lumière, ainsi que de nouvelles méthodes qui sont en cours de développement pour faciliter la détection des nanoparticules.

Selon la législation sur les denrées alimentaires actuellement en vigueur, la déclaration explicite des nanomatériaux sur les étiquetages des aliments préemballés n’est pas encore obligatoire. En effet, le nouveau droit alimentaire, entré en vigueur le 1er mai 2017, comporte un délai transitoire de 4 ans. L’obligation ne deviendra effective qu'à partir du 1er mai 2021.

Ces analyses montrent que les nanomatériaux peuvent être présents dans nos denrées alimentaires. D’ordinaire les additifs comme le E551 ou le E171 sont déclarés sur les étiquettes dans la liste des ingrédients, mais toute mention explicite de leur présence sous forme de nanoparticules est actuellement manquante. Concernant les échantillons qui ont fait l'objet de ce test, les fabricants seront avertis afin de se mettre en conformité à l’échéance du 1er mai 2021.Dès cette date les chimistes cantonaux vérifieront que ces mentions soient bien apposées sur les produits contenant des nanomatériaux.

Les cantons concernés remercient l’OSAV pour le financement de cette campagne, ainsi que l’AMI pour la réalisation des analyses.

Tableau: Vue d’ensemble des résultats

Type de produit

Nombre d‘échantillons

Échantillons avec présence de nanomatériaux (type)

Sauces, épices

11

3 (SiO2)

Compléments alimentaires

1

1 (SiO2)

Mets prêts à la consommation

1

-

Sucreries

5

1 (TiO2)

Mayonnaises

2

-

Gommes à mâcher

5

5 (3 x TiO2, 3 x Talc)

Articles de biscuiterie

21

3 (SiO2)

Céréales pour pt-déjeuner, Flocons

10

2 (SiO2)

Total

56

15 (27 %)

 

Nanoparticules – de quoi parle-t-on ?

Une nanoparticule est un objet qui présente une taille inférieure à 100 nanomètres (10-9 m). Lorsqu'elles sont présentes à cette taille infime, les propriétés physico-chimiques de ces particules sont modifiées, notamment du point de vue optique, électronique, magnétique, de leur hydrophobicité ou encore de leur réactivité grâce à une augmentation significative des effets de surface (surface de contact plus importante). Leur usage alimentaire vise surtout à améliorer l'homogénéité des préparations, à modifier des effets de texture ou encore de simple apparence. Du point de vue toxicologique, la forte réactivité des nanoparticules et leur plus grande capacité à passer les barrières biologiques peuvent donner lieu à des propriétés toxiques différentes des produits chimiques conventionnels. Ces effets sont encore très mal connus et le risque sanitaire lié à leur ingestion par le corps humain reste très difficile à évaluer.

 

Contrôle des denrées alimentaires en Suisse

Le contrôle des denrées alimentaires et objets usuels est exécuté par cantons, qui procèdent à des inspections et à des analyses de laboratoire approfondies. Sous la conduite des chimistes cantonaux, ils veillent au respect des exigences légales et assurent ainsi la sécurité alimentaire ainsi que la protection des consommateurs.

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