Nuphar Pumila va-t-il disparaître des Alpes?

19 Décembre 2018 -10h01

par Sébastien Bétrisey

Le nénuphar nain (Nuphar pumila) est en forte régression dans toute l'Europe, et en particulier en Suisse, notamment en raison de son hybridation avec son proche parent, le nénuphar jaune. En collaboration avec d'autres institutions, le Musée d'histoire naturelle de Fribourg étudie les mécanismes de cette hybridation afin de proposer des mesures de conservation pour la sauvegarde de cette espèce rare de plante aquatique.

Nuphar pumila projet scientifique
Nuphar pumila projet scientifique © Tous droits réservés - MHNF
Distribution

Le nénuphar nain affectionne les eaux stagnantes et pauvres en nutriments des lacs et des étangs. Son aire de répartition principale s'étend de la Scandinavie à la Sibérie orientale, avec des populations fragmentées le long du massif alpin. Cette distribution témoigne du changement climatique qui suivit la dernière glaciation et repoussa les espèces préférant des conditions fraîches vers des stations isolées en altitude ou vers le nord. En ce sens, le nénuphar nain est l'une des reliques glaciaires les plus emblématiques d'Europe centrale.

Sur les dix-sept populations naturelles de nénuphar nain existant dans le passé en Suisse, seules quatre subsistent encore aujourd'hui : une dans le canton de Saint-Gall, une dans celui de Zurich et deux à Fribourg, dans le lac de Lussy près de Châtel-St-Denis, et dans le lac des Joncs au-dessus des Paccots. L'eutrophisation et les nombreuses modifications du paysage et du milieu naturel ont été jusqu'à présent les causes principales de sa disparition. Mais une menace parfois imperceptible  pèse encore sur les dernières populations de l'arc alpin: l'hybridation avec son proche parent le nénuphar jaune (Nuphar lutea). En effet, ces deux espèces forment un hybride fertile très compétitif qui se développe très rapidement au détriment de ses géniteurs.

Sur les dix-sept populations naturelles de nénuphar nain existant dans le passé en Suisse, seules quatre subsistent encore aujourd'hui (...)

Objets d'étude

Le Musée d'histoire naturelle de Fribourg, l'Université de Lausanne et le Jardin botanique de l'Université de Fribourg étudient les mécanismes de cette hybridation. Afin de prendre en considération l'ensemble de l'arc alpin, des échantillons de feuilles ont été récoltés et analysés non seulement en Suisse, mais aussi dans les pays voisins que sont l'Autriche, l'Allemagne et la France.

Nuphar pumila
Nuphar pumila © Tous droits réservés - Gregor Kozlowski
Nuphar pumila
Résultats

Les résultats sont très inquiétants puisque sur plus de 60 % des populations analysées, des processus d'hybridation étaient déjà en cours à des stades plus ou moins importants. A l'échelle de l'arc alpin, ce n'est plus qu'une poignée de populations pures de nénuphars nains qui subsistent encore entre le Tyrol et le massif des Vosges.

Il est nécessaire et même urgent de mettre en place un plan de sauvegarde du nénuphar nain à l'échelle européenne. Les efforts de conservation doivent se porter principalement sur les populations de nénuphars nains de génotype pur. En outre, il faudrait que chaque souche encore pure soit préservée dans un jardin botanique afin d'éviter tout risque accidentel d'hybridation.

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